Mai 68 : Vous reconnaissez-vous ?
Jusqu’à fin avril, dans l’édition de Bordeaux de “Sud Ouest”, nous publions une série de clichés datés de mai-juin 1968 et tirés des archives du journal “Sud Ouest”. Dans l’espoir que certains d’entre vous
se reconnaîtront et nous feront signe. Pour, éventuellement, raconter les
souvenirs qu’ils gardent du jour où fut pris le cliché. Voire pour renouer avec
certains de leurs camarades de l’époque. Et, pourquoi pas, refaire la photo?
A partir du mois de mai, nous vous livrerons les meilleures histoires issues de ces photos quarante ans plus tard.
Pour apporter votre témoignage :
- contact@sudouest.com
- 1, place Jacques Lemoîne 33094 Bordeaux Cedex.
- Laissez un message sur notre répondeur numérique : 05.56.00.34.34
(cliquez sur les vignettes des photos ci-dessous pour les agrandir et accéder à l’article qui s’y rapporte)











BOTELLA dit :
Bonjour et merci pour votre initiative. Incorporé pour le SN au 57ème RI du Camp de Souges en mars 68 avec deux mois de rugby, ex joueur junior au Boucau Stade - équipe Souges et Hourtin sous la conduite des frères Moga - puis en fin de récréation affecté au peloton et classes le 1er mai 68. Nous nous retrouvons, avec les évènements, “réquisitionnés” dans le régiment. Ambiance très particulière et relativement tendue. Nous suivons les infos sur le “transistor” et me souviens des nuits prolongées très tard et très riches d’échanges, en particulier, avec les Officiers. Je me souviens avoir été dans une chambrée de 8 dont plusieurs oenologues et dont certains nouvellement mariés ET “réquisitionnés” ne pouvaient ni communiquer ni rentrer au foyer, dur, dur… Enfin une sortie spectaculaire, dont je n’ai pas la date exacte, par l’envoi de plusieurs sections du Régiment, pour déblayer la Faculté de Lettres de Bordeaux (pour ce qui nous a concerné) où des affrontements violents - des blessés des deux côtés : étudiants et CRS/Gendarmes mobiles - durant la nuit précédente. J’ai encore, très vivant, en mémoire, le spectacle du résultat d’une nuit d’émeute. Nous sommes chargés de “nettoyer” la Faculté, vide de ses étudiants. Mais quels dégâts avec le spectacle de désolation, comme après une tornade, de ce qui devait être une bibliothèque. Tous les livres et documents de toutes sortes sont par terre, tous les meubles renversés, cassés. Obligés - ô désespoir- de marcher sur les livres, une pelle à la main. Mais le plus marquant, est certainement l’impact des effluves de lacrymogène encore très présentes dans les locaux et insérées dans les paquets de “papier” que nous sommes censés ramassés, cet après midi-là. Ce qui a pour effet de décupler une sorte d’euphorie collective malgré ce tableau de mise à mal des lieux, car le picotement des yeux larmoyants et à chaudes larmes, de plus avec cette odeur d’oignons, nous transportent dans un fou rire indescriptible lié aux moments, à l’ambiance générale révolutionnaire, à ce haut lieu d’affrontements et de dégâts, dans lequel, pour notre 1ère sortie depuis plusieurs semaines, prend le caractère d’un tourbillon dans notre vie qui ne peut que s’incruster dans nos mémoires. Mai 68 prend le goût d’une étape de tous les paradoxes. Nous faisons “l’armée” et nous vivons révolutionnaires autant selon les nouvelles, avec la gravité des situations qu’avec ce bonheur intense que les choses de la vie vont changer. Le train de la révolution est en marche…quand à l’arrivée c’est une toute autre histoire. Michel Botella / Bayonne