Il y a 40 ans … Le 8 mai 1968

« LE RECTEUR À L’USINE »
SÉRIE. « Nouveau désordre cette nuit à Paris.
L’Assemblée nationale ouvre à chaud un débat sur les manifestations
estudiantines ». À ce titre à la Une de « Sud Ouest », se greffe un résumé des
événements de la veille et notamment : « Plus de 1 000 blessés au Quartier
Latin dont 350 parmi les policiers ». À Bordeaux, plus de 4 000 étudiants ont
défilé dans le calme. Le slogan le plus entendu était « Libérez nos camarades »
auxquels sont venus s’ajouter : « Ouvriers dans la rue ! », « Avec les travailleurs
solidarité », « Des profs, pas de flics », « L’usine aux ouvriers, la Sorbonne
aux étudiants » ou encore « Le recteur à l’usine ».
LE TÉMOIN Max Roudier Commissaire de police à la
retraite
«Je me souviens surtout… que jeune inspecteur de police
sortant de l’école de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, j’étais affecté à la Sûreté de
Bordeaux. Bien que policier, je partageais les mêmes préoccupations que les
étudiants - ce que j’étais peu de temps avant - en matière d’aspiration à une
plus grande liberté. J’ai ressenti une haine, parfois violente, des « adultes
», à l’encontre de la jeunesse. Traversant la place Gambetta, habillé en jean
et tennis, une camionnette s’est volontairement déportée pour me renverser, ou
du moins me faire peur. Le monde ouvrier n’était pas encore favorable à la
cause étudiante. Outré, je contais cette mésaventure à mes supérieurs, on m’a
conseillé de laisser tomber. La police n’était pas encore prête pour la grande
mutation. La haine et le rejet de la jeunesse ne datent pas d’aujourd’hui et
n’ont pas attendu les banlieues et l’immigration. »« Aujourd’hui… Coluche disait : « Ce n’est qu’un combat, continuons le début ». On l’a trop vite oublié. Je ne suis pas déçu de mai 68. Mais alors que l’on voulait changer le monde, aujourd’hui c’est pire. Montaigne disait : « Une loi peut être dure, du moment qu’elle est juste ! » À méditer. »
: M. C.
(avec le service documentation)










