« GRÈVE ET FERMETURES »
SÉRIE. « La crise devant le Parlement : le grave débat
sur la motion de censure donne un tour nouveaux événements, marque la Une de «
Sud Ouest ». Mais aussi : « Le mouvement des grèves s’amplifie, mais la CGT se
déclare prête à la discussion ».
En Gironde l’usine Badou reprend le travail. Des autobus
privés sont mis en service. Les écoles sont fermées aujourd’hui. Il n’y a
toujours pas de courrier. Essence : les stocks sont suffisants. Sécurité
sociale : portes fermées. Les transports routiers resteront assurés. Grève
générale à l’ORTF. »
En Gironde, des fermetures ne cessent d’être annoncées :
plusieurs mairies de la communauté bordelaise, la Caisse d’épargne, les école,
les ateliers de la Snecma, ceux de Sud-Aviation, ceux de Marcel Dassault
(Martignas, Mérignac, Talence), la CENPA à Bègles, les laboratoires Labaz, la
cellulose du Pin… Dix-sept bateaux bloqués au port et deux cargos de primeurs
détournés. Les congés sont suspendus à la police.
LE TÉMOIN Christian Baqué Instituteur à la retraite,
Monbrier
« Je me souviens surtout
… de l’énorme manifestation du 13 mai à Bordeaux. Près de 10 millions de
grévistes pendant plus d’un mois. Au lycée, à la fac, nous avons débattu des
jours, constitué des « commissions », refait la société. Nos comités de grève
n’étant pas coordonnés avec les autres, avec Paris, nous n’avons pas eu l’unité
jusqu’au bout. Toutefois ces mois furent déterminants pour mon engagement, qui
n’a cessé depuis. »
« Aujourd’hui… tout reste posé, avec encore plus
d’acuité en France et à l’échelle internationale. 4 millions de personnes en
France sous le seuil de pauvreté. Salaires, retraites, Sécurité sociale,
services publics sont gravement remis en cause. Plus que jamais le « tous ensemble
» se pose. Je suis
engagé dans la construction d’un parti ouvrier indépendant, pour la rupture
avec les institutions anti-démocratiques de cette Union européenne capitaliste.
»
: Martine Théodore-Lajoie
« LA FRANCE S’ENFONCE »
SÉRIE. « A quelques heures du débat sur la censure et
alors que des millions de travailleurs font grève la France s’enfonce dans la
crise politique et sociale » : ce titre barre la Une de « Sud Ouest ». Un peu
partout en Gironde, beaucoup de secteurs sont « touchés par une grève illimitée
».
Un article marque l’ambiance : « Une certaine inquiétude se
manifeste dans la population et, déjà, on signale des retraits importants dans
les banques dans la seule matinée d’hier où les établissements étaient encore
ouverts. Par ailleurs, on a noté des achats plus nombreux dans l’alimentation.
Chez les pompistes, des automobilistes sont venus faire leur plein et même des
réserves. Certains postes étaient à sec hier soir. Indiquons cependant que le
ravitaillement en essence ne devrait, pour l’instant, causer aucune panique
inconsidérée parmi les usagers. »
LE TÉMOIN Jean-Pierre Xiradakis Restaurateur Bordeaux
« Je me souviens surtout
… que j’avais 23 ans. J’étais un peu fou. Je cherchais un local pour ouvrir un
restaurant à Bordeaux. Pourtant je
n’avais pas de formation de cuisinier. Autour de moi il y avait des jeunes qui
voulaient changer la France. Tout nous poussait à croire que tout allait
changer et c’est ce qui m’a poussé à l’aventure. En période plus calme je n’aurais peut-être
pas osé. Comme je
n’avais pas les moyens d’ouvrir mon restaurant dans le centre de Bordeaux, je suis allé du côté de
la gare St-Jean, un quartier plus populaire. »
«Aujourd’hui… je pense que cette période a été un
détonateur. Beaucoup de choses ont changé. Par exemple la liberté des corps et
de l’esprit. Ça a aussi eu un impact sur le plan politique et a aussi touché
l’esprit des philosophes. Globalement Mai 68 a apporté un changement positif. »
: Martine Théodore-Lajoie
(et le service documentation)
« NON A LA CHIENLIT »
SÉRIE. A la Une de « Sud Ouest » : « Plus de 2
millions de grévistes à l’aube d’une semaine capitale ». Mais aussi la fameuse
formule du général de Gaulle : « La réforme, oui ; la chienlit, non ».
« De nombreux dirigeants politiques se prononcent pour la
démission du gouvernement. »
La grève s’amplifie à l’échelon national et Bordeaux n’est
pas en reste. En ébullition permanente, les facultés ressemblent à de
véritables cocotte-minute. Les examens ne cessent d’être reportés de huitaine
voire de quinzaine. Les assemblées générale se succèdent.
La gare Saint-Jean est désormais fermée et les cheminots
disent s’engager vers un mouvement illimité. A la Bourse du travail, la CGT dit
souhaiter « l’unité avec les autres organisations syndicales pour développer la
lutte ».
LE TÉMOIN Philippe Serra Beatnik, retraité de
l’imprimerie, Bègles
« Je me souviens surtout… J’étais dans une espèce de
communauté, à Sadirac, j’étais beatnik, j’avais roulé pas mal, avec les provos
à Amsterdam, à Londres, Mouna Aguigui. Pour moi la France, c’était foutu.
J’avais en mémoire le putsch des généraux. On était loin de la politique et de
l’idée de changer les choses. Mais quand on a su que ça bougeait à Bordeaux, on
est venu, pour la manif avant la nuit des barricades. J’ai participé aux deux.
Mais pour moi, c’était comme un happening. J’étais involontairement militant. »
«Aujourd’hui… Je pense toujours que la sociologie, c’est comme la
tectonique des plaques. En 68, c’était la collision entre la plaque de la
génération de la guerre et de la reconstruction, et la nôtre, celle de
l’opulence et de la jouissance. Mais 68 était en haut de cet Himalaya qui sest
formé entre les deux. Maintenant que je suis père et grand-père, je me demande quelle
sera le résultat de la dérive avec la plaque suivante, la génération de la
rareté. J’ai peur qu’il y ait une vraie fracture. »
« LES POLITIQUES S’EN MÊLENT »
SÉRIE. « La crise se hausse au politique » titre « Sud
Ouest Dimanche », précédé de ce texte : « De l’Odéon au Palais Bourbon et des
étudiants aux parlementaires ».
La classe politique s’inquiète donc, à l’image du général de
Gaulle qui, avant son départ de Roumanie, glisse à son hôte Ceaucescu : « Nous
recevons actuellement une leçon d’humilité et nous allons vous imiter en créant
un examen sélectif d’entrée en faculté ». Les prises de paroles et de position
des politiques se multiplient. Waldeck Rochet, le patron du Parti communiste, «
vient d’entrouvrir ses sabords et d’avancer ses bombardes. Il déclare : Le PC
est prêt à assumer toutes ses responsabilités. »
Pendant ce temps, « les mouvements ouvriers s’étendent mais
le mot de « grève générale » n’a pas encore été nulle part prononcé. Les
mouvements sociaux s’amplifient. On note toutefois un geste : les cadres
séquestrés ont été laissés libres de regagner leur domicile. Les débrayages se
multiplient dans les entreprises. »
LE TÉMOIN Dominique Platon Contrôleur des douanes
« Je me souviens surtout… que j’avais 20 ans et venais
de débarquer dans la vie. Je ne comprenais d’ailleurs pas très bien ce qui se
passait. Tous mes collègues au bureau des impôts étaient partis en grève, sauf
moi. Je venais à peine de commencer et j’étais contente de mon salaire. Je me suis
contentée de vivre cette période en tant que spectatrice. Mon père, René
Fermiger, était lui commissaire de police et ne rentrait à la maison que quand
la fatigue avait eu raison des constructeurs de barricades. »
« Aujourd’hui… Je trouve que mai 68 avait apporté des
changements positifs. La hausse du salaire, la libération de la femme… Mais
aujourd’hui, je note un retour en arrière. Un gouvernement qui ne veut pas
entendre le peuple, des riches qui deviennent plus riches. Si j’ai été
spectatrice de mai 68, aujourd’hui je suis prête à aller en ville pour
manifester. »
: Martine Théodore-Lajoie
(avec le service documentation)
« EXAMENS
BOYCOTTÉS »
SÉRIE.« Étudiants :
contestation générale dans les amphis parisiens ». Ce titre qui barre la Une de
« Sud Ouest » accompagne un texte où il est question du boycottage total des
examens à la Sorbonne. « Le calme est certes revenu dans les rues mais la
“révolution culturelle” de l’Université se poursuit dans la
“contestation générale” de tout le système d’enseignement français. À
la Sorbonne, haut lieu entre tous de cette agitation sans précédent, occupée
jour et nuit, les étudiants ont adopté hier une résolution en faveur du boycottage
total des examens.
En province,
la grève des cours se poursuit selon des modalités qui varient suivant les
villes universitaires. À Bordeaux, les étudiants demandent la création d’un
comité de la Faculté des sciences. » Aussi, l’École des Beaux-Arts et celle des
Architectes sont occupées par les élèves. En médecine et en lettres,
l’actualité porte sur le report des examens.
LE TÉMOIN
Jean Cayres Cheminot retraité, Bègles
« Je me
souviens surtout…On a fermé les grandes portes voyageurs de la Gare
Saint-Jean et puis nous sommes partis vers le poste d’aiguillage. Nous l’avons
gardé jour et nuit pendant toute la durée du conflit, afin de bloquer les
trains mais aussi d’empêcher tout sabotage que nous craignions vraiment à
l’époque. Aucun train n’a circulé. J’avais 30 ans et je n’avais pas bien
conscience de l’allure que prenait le mouvement. »
«
Aujourd’hui…Pour sûr, il faudrait recommencer pour sauver l’outil de
travail. On n’embauche plus sur le statut, de plus en plus de cheminots sont
sous contrats privés, les entreprises nationales sont vendues. Je suis parti à
la retraite en 1991, mais je viens tous les mardis à l’Union Locale CGT
rejoindre d’autres retraités cheminots, pour que les salariés d’aujourd’hui ne
perdent pas ce que nous avions gagné à l’époque. »
:
Françoise Lissonde
(et le
service documentation)

« RÉVOLUTION »
SÉRIE. « L’université en révolution » écrit « Sud
Ouest » à la Une, suivie de trois points forts : « La Sorbonne est déclarée
autonome. Boycott des examens par l’Unef. Menace de démission collective des
doyens des Lettres ». À Bordeaux, la grève générale a été massivement suivie
par « 13 000 ? 20 000 ? Davantage peut-être ? », s’interroge « Sud Ouest ». «
Rarement notre cité avait été le théâtre d’un rassemblement aussi
spectaculaire. Les slogans : ”À bas la répression”, ”Libérez nos
camarades”, ”Augmentation des salaires”, ”Universités du peuple”. » Des
estimations sont publiées concernant les grévistes : SNCF :
Bordeaux-Saint-Jean, matériels et traction 74 %, exploitation 42 %, voies et
bâtiments 34 %. PTT : 43 %. GDF : 90 %. EDF : 70 %. Autobus : 70 % (80 voitures
en circulation sur 278). Dassault : 85 %. Finances : 18 %. Travailleurs de
l’État : 60 %. Hospitaliers : 15 %. Sécurité sociale : 20 %. Port : 100 %.
Ponts et chaussées : 2 %. Éducation nationale : 90 % primaire et secondaire,
100 % supérieur.
LE TÉMOIN David Maxwell Retraité, Bordeaux
« Je me souviens surtout… que j’étais commissaire
adjoint de 1re classe sur le paquebot France. En route de New-York vers la
France, nous n’avions pas pris les nouvelles de grèves trop au sérieux au
départ. Jusqu’à ce que la CGT nous mette la pression. Avant de rentrer en
grève, nous avons débarqué nos passagers à Southampton, en Angleterre. Arrivant
au Havre, tout le portuaire était en grève. Le commandant a dû mettre le navire
à quai sans pilote ni remorque. Nous avons verrouillé le navire pour garder le
contrôle mais nous étions pressés de repartir. »
« Aujourd’hui… je pense que cette grève a été un coup très
dur pour la marine marchande française. D’ailleurs elle n’est plus très
brillante. C’est la CGT qui en est responsable. Ce sont des démolisseurs.
Personnellement, cette période de mai 68 a aussi marqué la fin de ma carrière de
navigateur. »
: Martine Théodore-Lajoie
(et le service documentation)
« PAS DE JOURNAUX »
SERIE. La presse française est absente des kiosques en
ce matin du 14 mai 1968, au lendemain de la grève générale. Dès lors, la
défaite des Girondins de Bordeaux en finale de la Coupe de France de football
contre Saint-Etienne (2-1) passe inaperçue. Le capitaine stéphanois, Robert
Herbin, a reçu le trophée des mains de Jacques Chaban-Delmas, député-maire de
Bordeaux, président de l’Assemblée nationale.
Une Assemblée nationale où ce 14 mai fut le théâtre de
tumultueux débats. Georges Pompidou a annoncé que le général de Gaulle
s’adresserait au pays le 24 mai. La grève générale du 13 mai a été massivement
suivie partout en France. Après Strasbourg, la Sorbonne occupée s’est proclamée
« Université autonome ». « A Bordeaux, la place de la Victoire fut totalement
submergée par la marée humaine », lit-on dans « Sud Ouest » le surlendemain,
photo à l’appui.
LE TÉMOIN Michel Dupart Cheminot conducteur, Bordeaux
«Je me souviens surtout… d’une grande manif dans les
rues d’Arcachon avec les autres entreprises, comme La Cellulose ; ils n’ont pas
dû en voir souvent là-bas. Comme j’habitais encore chez mes parents, sur le
Bassin, j’y étais retourné. Avec une centaine de cheminots on a occupé la gare
de Facture. On faisait les 3 x 8, mais comme j’étais mineur les copains ne
voulaient pas que je fasse les nuits. »
«Aujourd’hui… Je suis convaincu que nous avons gagné
beaucoup de choses dans ce mouvement et que nous devons défendre ce qu’il en
reste. Sur la durée du travail, sur la formation, sur la défense du service
public et d’une manière générale le statut. Malgré la retraite, je reste
mobilisé. Quand j’ai commencé on faisait 46 heures et on travaillait le samedi
jusqu’à midi. La SNCF formait des milliers de cheminots dans ses écoles, à 14
ans quand je suis rentré en apprentissage, mon avenir était assuré. Aujourd’hui
les jeunes ne sont plus assez aidés. »
: Françoise Lissonde
(et le service documentation)

« GRÈVE GÉNÉRALE »
SÉRIE. « Le pays paralysé aujourd’hui par la grève
générale ». « Sud Ouest » annonce la couleur en Une. Pas d’autobus. Pas de
train. Pas d’école. « L’ordre de grève lancé par les grandes centrales
syndicales à la suite des événements du Quartier Latin, sera généralement suivi
à Bordeaux et en Gironde.
« C’est ainsi que les autobus urbains et suburbains ne
fonctionneront pas, qu’il n’y aura pas de classe, pas de cours dans les
Facultés, peu de courriers et peu de trains. Il est également à craindre des
baisses de pression de gaz et des coupures de courants. Dans beaucoup
d’administrations, le personnel cessera le travail et certaines entreprises ne
pourront fonctionner. » Une manifestation est programmée place de la République
rassemblant travailleurs, étudiants et enseignants. « Sud Ouest » donne la
parole aux responsables et représentants des différents syndicats.
Comme l’ensemble de la presse française « Sud Ouest » annonce
qu’il ne paraîtra pas le mardi 14 mai.
LE TÉMOIN Aymar de Blomac PDG agence de communication,
Bordeaux
«Je me souviens surtout… que je n’étais pas en France.
Né en Dordogne, j’étais au Maroc. Les événements en France _ où je suis rentré
fin 68 _ nous arrivaient de façon très atténuée. Ils avaient, à mes yeux,
quelque chose d’exotique et de lointain. Je me souviens par exemple qu’il y
avait des problèmes d’essence. Mais, âgé de 15 ans, mes préoccupations étaient
tout autres. »
« Aujourd’hui… j’ai le sentiment que de mai 68, il
reste la partie rêvée, un mythe auquel beaucoup de gens se réfèrent. L’effet le
plus important dans la société actuelle est dans la représentation des
événements, dans l’imaginaire. Mais il y a aussi des aspects plus profonds ; 68 a été le point de départ de
rapports humains plus décomplexés. »
: Michel Monteil
(et le service documentation)

« LA NUIT DES BARRICADES »
SÉRIE. Historique. La Une de « Sud Ouest Dimanche »
est entièrement consacrée aux émeutes nocturnes qui se sont déroulées à Paris. «
Le jour se lève rue Gay-Lussac, à Paris, sur un spectacle de désolation,
résultat des manifestations d’une violence inouie qui, dans la nuit de vendredi
à samedi, ont embrasé le Quartier Latin, à partir de deux heures du matin. 188
carcasses de voitures incendiées, débris de toutes sortes jonchant la chaussée,
façades roussies, torrents d’eau ruisselant le long des trottoirs, chaussées
dépavées… Sur les toits, des silhouettes se profilent parmi les cheminées : ce
sont les rescapés de la bataille rangée qui, toute la nuit, a opposé forces de
l’ordre et étudiants. Jamais la violence n’avait atteint une telle intensité
et, dans les rues dévastées, où flotte encore l’odeur des grenades
lacrymogènes, commerçants, touristes passants ont fait, durant toute la matinée
de samedi, un bilan sinistre de neuf heures d’émeute. » Une grève générale est
annoncée pour le 13 mai en France.
LE TÉMOIN Jacky Jonchère Vice-président 33 chasseurs
« Je me souviens surtout… que j’étais délégué CGT dans
une entreprise métallurgique de Blaye. Nous étions à la campagne et on suivait
surtout les événements à la radio. On n’a pas démarré sur les chapeaux de roues
! Puis nous avons participé à une réunion à Bordeaux sur la métallurgie et en
sommes revenus impressionnés et stimulés. Nous avons fait voter des
revendications. »
« Aujourd’hui… Cela a peut-être un peu trop libéré la
société. Des barrières ont sauté et nous avons perdu des valeurs, des principes
de base sur l’éducation, le travail, le respect, l’effort. Les intellectuels ont
rêvé d’une société qui était surtout du domaine du rêve, mais sûrement pas de
la réalité. »
: Patrick Faure
(et le service documentation)
« LA TRÊVE ? »
« Étudiants : seulement une trêve ? », s’interroge « Sud
Ouest » à la Une. Chacun peut également lire : « Excepté à Toulouse, où un
meeting houleux a failli tourner en bataille rangée et où les étudiants ont
défilé ensemble dans les rues, le calme a régné hier encore sur le “front
universitaire”. Simple trêve ? Il semble que oui. M. Peyrefitte ayant
annoncé que, si Nanterre rouvre ce matin, la Sorbonne allait rester fermée
jusqu’à nouvel ordre. À nouveau, l’impatience des étudiants parisiens grandit
et l’Unef a pris contact avec la CGT et la CFDT en vue d’actions communes d’envergure,
qui peuvent voir renaître la violence. »
L’actualité, c’est aussi les Girondins de Bordeaux qui
préparent la finale de la Coupe de France de football à Colombes, contre
Saint-Étienne. C’est aussi le second français au cœur greffé, un Sétois de 64
ans, Joseph Reynes. C’est également le sénateur Robert Kennedy qui, dans les
primaires américaines, vient de remporter la bataille de l’Indiana face à
Eugène Mac Carthy.
LE TÉMOIN Jean-Pierre Augustin Professeur à Bordeaux 3
«Je me souviens surtout… J’avais 24 ans, j’étais
directeur du centre d’animation Carle-Vernet, je m’occupais de jeunes. Encore
étudiant, j’étais aussi impliqué dans l’Université. En mai, on a eu des
échanges avec les syndicalistes des usines du quartier, des tables rondes. Ce mois
a renforcé l’idée d’organiser des débats, dans ces équipements nouveaux. Il y
avait tout un travail d’expérimentation autour. »
«Aujourd’hui… Ces équipements, centre sociaux et
maisons de quartier, se sont multipliés. Ça a fait école. Mon travail universitaire
a été influencé par mai 68, et la nécessité d’aménager des lieux collectifs
dans une ville pour faire lien. Aujourd’hui, je dirige un master spécialisé en
ingénierie d’animation territoriale qui vise à former des acteurs susceptibles
d’inventer de nouveaux modes de relations sociales. »
: Isabelle Castera
(et le service documentation)