NOUVEAU ! Racontez-nous vos souvenirs de mai 68 : laissez un message à la rédaction en appelant notre répondeur des lecteurs au 05 56 00 34 34 (prix d'un appel local). Nous diffuserons les messages reçus sur ce blog et des extraits pourront être publiés dans nos éditions.
Ecoutez le témoignage des lecteurs :
"Enfermée dans un café" mai68berny.mp3
"Le pion est devenu un leader de la contestation" milart1.mp3
"On a bloqué le cours avec la Fiat 125" fiat.mp3
Vous reconnaissez-vous ?
Jusqu'à fin avril, aidez-nous à retrouver l'histoire de 18 photos sur les événements de 68 à Bordeaux. Pour les raconter en mai prochain
Sollers, Mai 68 et "Sud Ouest"
Philippe Sollers, rédacteur en chef de "Sud Ouest" pour l'édition du 10 avril 2008, consacrée à Mai 68
Chaque
matin, à 6h22 très précisément, Radio France Bleu Gironde diffuse sa chronique
“Génération Sud Ouest”. Actuellement, à l’occasion de la sortie du
numéro spécial édité par “Sud Ouest”, Yves Harté détaille l’actualité
de Mai 68, thème par thème.
Jusqu’à fin avril, dans l’édition de Bordeaux de “Sud Ouest”, nous publions une série de clichés datés de mai-juin 1968 et tirés des archives du journal “Sud Ouest”. Dans l’espoir que certains d’entre vous
se reconnaîtront et nous feront signe. Pour, éventuellement, raconter les
souvenirs qu’ils gardent du jour où fut pris le cliché. Voire pour renouer avec
certains de leurs camarades de l’époque. Et, pourquoi pas, refaire la photo?
A partir du
mois de mai, nous vous livrerons les meilleures histoires issues de ces photos
quarante ans plus tard.
Pour apporter votre témoignage :
contact@sudouest.com
1,
place Jacques Lemoîne 33094 Bordeaux Cedex.
Laissez un message sur notre répondeur numérique : 05.56.00.34.34
(cliquez sur les vignettes des photos ci-dessous pour les agrandir et accéder à l’article qui s’y rapporte)
L’INVITE.–1968-2008 : l’écrivain Philippe Sollers a revisité hier, aux
côtés des journalistes de « Sud Ouest », quarante années d’évolution de la
société française. Les extraits VIDEOS de la conférence de rédaction. Découvrez
et écoutez l’entretien !
Philippe Sollers : «C’est la lutte des places»
Où étiez-vous dans la nuit du 22 au 23 mars 1968 ?
« Sud Ouest ». Il y a
quelques années, vous constatiez que la société française était hantée par
trois fantômes : Vichy, l’Algérie et Mai 68. Est-ce que depuis on n’y voit pas
un peu plus clair avec Mai 68 ? Philippe
Sollers. Je ne crois pas. Avec Vichy, nous continuons d’être dans la
remémoration. Papon, Bousquet? Nous n’avons jamais arrêté d’en parler.
L’Algérie, il n’y avait pas eu de guerre. On parlait simplement du maintien de
l’ordre. Beaucoup de mes amis y ont été tués ou gravement blessés.
Personnellement, je dois la vie à André Malraux, qui m’a aidé à me faire
réformer. Il a fallu trente ans pour aborder le sujet. Mai 68 est le troisième
placard.
Comment
expliquer qu’un candidat à la présidence de la République - Nicolas Sarkozy -,
dans une manifestation de masse, ait pu s’exclamer qu’il fallait “liquider
l’héritage de Mai 1968 quarante ans après” ? Il y a des
faits, dans l’histoire de France, qui ne passent pas. La commémoration de Mai
68 est confiée au discours quasiment officiel des sociologues ou des
philosophes.
Démocratisation
de l’enseignement, libération sexuelle, statut des femmes, rapports
parents-enfants, rapports enseignants-élèves, droit syndical, début de
l’écologie, etc. Dans quels domaines s’est située la plus grande mutation ?
Incontestablement, le
statut des femmes. Et d’une façon générale, les moeurs. Et ensuite,
l’information. N’oubliez pas qu’il a fallu attendre beaucoup de temps pour
qu’elle soit libérée.
Le
discours de Nicolas Sarkozy sur la liquidation de l’héritage de Mai 68 vous a
choqué. Non… Je
me suis simplement demandé, hormis la manoeuvre visant à séduire les gens du
Front national, pourquoi surgissait soudain cette peur extraordinaire ?
Liquider quoi ? Quel est ce spectre qui demeurerait quarante ans après ?
L’élection
de Nicolas Sarkozy, c’est du nouveau dans la société française, non ? Il y avait
une sorte d’essoufflement et de fatigue générale. Au début de la campagne, on
pouvait penser que l’image de Ségolène Royal pouvait faire la différence. Mais
le son n’a pas été à la hauteur de l’image. Sarkozy a été élu sur l’idée de la
rupture. Cette idée n’a pas un an. La désaffection qui le touche aujourd’hui
est extraordinairement rapide. Elle tient à une façon d’être. C’est-à-dire
l’exhibition, l’argent, quelque chose qui ne colle pas avec un « sacré » de la
fonction présidentielle. De plus, sur le plan de la politique internationale,
nous semblons aller à rebours. C’est 1958 qu’il est en train de liquider. Un an
après son élection, le pouvoir d’achat, la rigueur dissimulée pèsent déjà très
lourd.
La
gauche n’est pas une alternative crédible ?
68 avait mis en lumière
la culture et ceux qui la portaient. Quarante ans après, vous soulignez un
certain nombre de régressions. Parmi lesquelles l’inculture, l’illettrisme
aggravé, un retour aux valeurs sécuritaires et plus identitaires. Est-ce
vraiment si noir ?
Il est un sujet sur
lequel je me bats constamment. Il y a évacuation des connaissances historiques.
Presque plus personne ne sait le fil de l’histoire. Nous assistons à une perte
quasi neurologique de capacité de lecture. Si on ne sait plus lire, il n’y a
plus de formation de l’esprit critique. Cela veut dire que l’on ne peut plus
comparer. Si l’histoire et la capacité de lecture disparaissent, c’est-à-dire
le temps et la mémoire, vous préparez des esclaves parfaitement déterminés à
obéir. C’est très grave.
La
France aurait conservé une véritable allergie au changement et elle aurait
vraiment peur de l’avenir. Vous le pensez ?
Je le constate. Et
notamment par rapport à l’Europe. Il y a une peur du monde entier, une peur
d’être dérangé dans une petite routine hexagonale. La plupart des intellectuels
que je connais ne s’intéressent pas à l’Europe. Ils sont très pris par les
problèmes fondamentaux du Proche-Orient, du Moyen-Orient, de l’Afghanistan, de
l’Irak, de l’Iran, etc., s’intéressent beaucoup à ce qui se passe aux
États-Unis, en Israël, en Palestine. Mais ils ne savent pas ce qu’est l’Europe,
au sein de laquelle ils ne voyagent pas. Ils ne connaissent pas les langues
européennes.
Est-ce
que la France d’aujourd’hui est plus juste que celle de 1968 ? L’exhibition
de la richesse n’a jamais été aussi arrogante, y compris dans les plus hautes
sphères de l’État. La misère est installée, et je ne parle pas des banlieues.
Je ne crois pas que l’on puisse parler aujourd’hui de justice.
En 1968,
on se battait contre des entités proches comme la famille, l’école ou l’Institution.
Aujourd’hui, comment appréhender le marché, le libre-échange, la
mondialisation, c’est-à-dire un mur invisible ? La
situation est très différente. La question d’aujourd’hui, c’est moins d’adhérer
à tel programme social que de s’interroger avec intensité sur la vie que l’on
mène soi-même. L’individualisme tellement combattu est devenu une valeur
importante.
1968
s’était beaucoup intéressé à la reconnaissance de l’individu. L’individu
reconnaît maintenant son nombril.
Il s’intéresse à sa
fonction sociale d’esclave volontaire, ce qu’il peut appeler son nombril. Il se
préoccupe uniquement de son image sociale dans une société égoïste où chacun
lutte pour son image, son bout de terrain. Ce n’est pas la lutte des classes,
c’est la lutte des places. Comme nous le voyons par exemple au Parti socialiste.
Quelles
sont les utopies de 2008 ?
Ce nouveau monde géré
par la communication vous plaît néanmoins ?
Cela me va parfaitement.
Tout le problème est de savoir si l’on sait s’en servir ou pas et si l’on
devient ou non la prothèse de l’appareil. L’être humain va-t-il se laisser
dominer par la technique ou aura-t-il la capacité nerveuse de prendre ce dont
il a besoin au moment voulu ? C’est l’enjeu décisif. Peu de gens,
malheureusement, domineront cette situation. C’est d’autant plus dangereux que
l’instrument prend une ampleur mondiale.
La Chine
de 2008 est-elle celle qui vous a fait rêver dans les années 70, lorsque vous
étiez maoïste ?
En fait, je suis
amoureux de la culture millénaire chinoise. Ces trois mille ans me font
toujours rêver. À cause de son système totalitaire communiste, nous nous sommes
habitués à penser qu’il s’agissait d’une colonie russe, d’une Russie bis. Il
n’est pas raisonnable que tant de gens ignorent la Chine. Son histoire est complètement
occultée par nos préjugés occidentaux. Je suis évidemment pour le respect des
droits de l’homme partout et sans ménagement, y compris au Tibet. Mais il y a
une question de fond : comment allons-nous faire la jonction avec ce continent
énorme ?
Reste
aussi la violence au Tibet ? Elle masque
l’affrontement qui va avoir lieu au XXIe siècle. Le XXe a été américano-russe.
Le XXIe sera chinois. Il l’est d’ailleurs déjà. Il est certain qu’il y aura un
conflit majeur entre l’empire américano-russe et la Chine, avec l’Inde au
milieu.
Les
manifestations dans le monde contre le passage de la flamme olympique semblent
provoquer un effet inverse, c’est-à-dire un durcissement de la position
chinoise ? Franchement,
tout cela est d’une fantastique hypocrisie. Nous réalisons des affaires
gigantesques avec la Chine. Alors, s’il faut protester, interrompons le
business et cessons de tomber à bras raccourcis sur les sportifs. En réalité,
tout le monde sait que les Jeux auront lieu et que le commerce continuera.
Vous
ennuyez-vous de nouveau, comme avant 1968 ?
Que diriez-vous aux
jeunes qui n’ont pas vécu mai 1968 ?
Est-ce
son sourire, qu’il veut intrigant, qui le masque ? Est-ce son esprit à facettes
qui joue au tennis - ou mieux, à la paume - avec son interlocuteur ? Peut-être.
Mais, derrière le Sollers mille fois vu et revu, mille fois entendu, se cache
un autre homme certainement aussi vrai et aussi complexe que celui qui joue au
bateleur depuis quarante ans sur toutes les estrades parisiennes. Ce
Sollers-là est de Bordeaux et l’île de Ré. Puissamment et en véritable
conscience. De Bordeaux, parce qu’il y est né, sur la route alors dite
d’Espagne, qui vit cette même année passer le premier des exodes d’une décennie
de fureur, de flammes, d’horreurs, et le long cortège des réfugiés espagnols
qui fuyaient les débuts de la guerre civile. De Bordeaux, parce que c’est là
qu’il connut l’enfance choyée d’un enfant aimé des femmes au milieu d’un parc
et d’une haute maison, les lycées encore bonapartistes de Montesquieu puis
Montaigne et les amours d’adolescent, ceux qui marquent pour la vie. De Ré,
parce qu’un ancêtre navigateur eut le bon oeil de voir au beau milieu de l’île
des miroitements vénitiens et qu’il y fit construire une maison qui est
aujourd’hui comme un refuge. C’est ce
Sollers-là qu’il faut également connaître, avec sa stupéfiante curiosité, sa
connaissance des faits minuscules de la ville et de la région, et sa passion
jamais inassouvie de sa ville de Bordeaux « punie par le XIXe siècle et
aujourd’hui rendue à Stendhal ». Et c’est lui qui était hier dans les coulisses
de « Sud Ouest », à l’occasion de la sortie de notre supplément « Bordeaux 68
», pour évoquer quarante ans de vie française.
A partir du mercredi 9 mai, mise en vente du supplément Mai 68 préparé par “Sud Ouest”
MÉMOIRES DE 68
Après l’évocation de l’été 36 dans
les Landes et celle des années 50 au Pays basque, «Sud Ouest» ouvre sous vos
yeux le chapitre “Bordeaux 68″ dans l’album des mémoires de la région
Pourquoi l’année 68, pourquoi Bordeaux ? Parce que le quarantième anniversaire
des évènements de mai, s’il est à l’origine du hors-série dont nous vous
proposons la lecture, ne résume pas à lui seul le rôle que jouait la capitale
de l’Aquitaine cette année-là.
Alors que la France découvre la vie
moderne au plus fort des trente années glorieuses qui suivirent la fin de la
Seconde guerre mondiale, Bordeaux vit dans le sillage alerte de son maire,
Jacques Chaban-Delmas. Celui qui s’apprête à vivre l’apogée de sa carrière
politique, puisqu’il va devenir Premier ministre puis candidat (malheureux) à l’élection
présidentielle, séduit, construit, inaugure. Le pont d’Aquitaine est terminé,
le grand hall d’un nouveau Parc des expositions sort des marais du Lac, les
grilles des quais séparent encore la ville de ses bateaux, le festival Sigma
choque les bourgeois, les plans du quartier neuf de Mériadeck sont dans les
cartons.
Jacques Chaban-Delmas pressent-il qu’une
nouvelle société veut éclore ? Il fera de ce thème le socle de sa candidature
de 1974, mais, au premier jour des manifestations étudiantes de Mai 68, il est,
comme toute la classe politique d’alors, pris de court par la fièvre qui
traverse le pays. Dans la foulée de celles du boulevard Saint-Germain, Bordeaux
connaît aussi ses barricades étudiantes. Les grandes manifestations débutent le
7 mai. Puis les ouvriers, les fonctionnaires, les enseignants entrent peu à peu
en grève. Elle devient générale après le 14 mai, plus massive encore qu’en juin
36. “Rien ne sera plus comme avant”, dit le slogan.
Mai 68 solde le gaullisme
historique. Ces huit semaines qui ont changé la société française ont également
marqué la vie de la métropole aquitaine.
Tout au long de ces pages, «Sud
Ouest» offre à ceux qui les vécurent d’en fixer le souvenir, et aux autres, plus
jeunes, qui entendirent leurs parents ou grands-parents en parler, de mieux les
comprendre.
Voici vos témoignages recueillis sur les forums de “Sud Ouest”
Bégnat : “On a pas tous les jours 20 ans”
J’étais militaire appelé de la classe 68 1/A, donc incorporé
début janvier 68.
J’ai fait mes 20 ans le 20/05/68, au camp de Souge
(GIRONDE).
On dit qu’on a pas tous les jours 20 ans, moi je me rappellerai
des miens d’une drôle de façon !
Tous les jours en “Alerte”, prêt dans la cour de
la caserne, paquetage, tenue de combat et arme, gardes avec balles
réelles !
Tout ce qu’on savait, c’est que De Gaulle avait disparu et
que les Russes étaient à Prague !
Quand vous êtes dans cette ambiance, je peux vous dire qu’il
s’en passe des choses dans la tête !!!
Moi j’habitais Mourenx, et nous étions quelques copains du
64, on se posait la question, il n’était pas question pour nous de descendre
dans les rues avec l’armée, autant déserter que de taper sur nos
familles !
Même à 20 ans, on n’était pas des abrutis pour ce genre
d’évènements ! Une chose est sûre, les officiers se chargeaient de nous
monter la tête ! Bref, il n’y a eu rien de tout ça, mais pour moi, je pense
que les premières semaines de juin ont été les plus ardues des évènements de
Mai 68 !
__________________________
Récupération
En 68 j’avais 26 ans et j’étais en
grève. L’impression que j’ai conservée, c’est que les OS ont pris le train en
marche par peur de se faire “dépasser” par les évènements. Cela a
permis les accords de GRENELLE et des avancées sociales non négligeables. Et
puis les acteurs de ce mouvement ont été récupérés et sont rentrés dans le
système (sf quelques uns). Dommage !
Analyse post soixantuitarde
En mai 68
j’avais 2 ans. Je n’ai donc pas de témoignage à vous livrer.
Par contre, je
vous rejoins complètement dans votre analyse. Notre pays connaît régulièrement
des épisodes de guérilla urbaine. Des individus armés tirent à balles réelles
sur la police ( qui ne peut qu’interpeller ) au premier fait divers qui leur
sert de prétexte. La prochaine fois, ils vont utiliser des armes de
guerre ?…
Nous avons une
des meilleures armées du monde dont c’est le métier d’intervenir dans ce genre
de situation. Il est fort à parier que l’économie souterraine de ces individus
sans foi ni loi en prendrait un sérieux coup et qu’ils réfléchiraient
certainement avant d’agresser une personne âgée, un commerçant ou un passant.
Monsieur SARKOZY
a basé en grande partie sa campagne sur le thème de la sécurité, par rapport
aux émeutes de 2005. On fait du sur place. Je ne crois pas que punir davantage
les rares jeunes interpellés, changera quelque chose immédiatement. Ce qui
s’impose aujourd’hui, c’est frapper plus fort que ces individus dans leurs
fourmilières à trafics et à crime organisé, avant qu’une mafia incontrôlable en
prenne les commandes.
Chacun sont
métier. Effectivement, à quoi sert une armée de métier si elle est utilisée
uniquement à l’étranger pour protéger des sites économiquement lucratifs, sous
couvert de maintient de la paix ? Notre pays est trop souvent le théâtre
d’épisodes de guerre urbaine et nous en sommes les acteurs impuissants. Je me
sens comme beaucoup, frustré. Frustré de ne servir qu’à rembourser les dégâts
occasionnés par des individus sans foi ni loi, qui veulent tout et tout de
suite sans aucune contrepartie et dont la vie humaine ou animale ne vaut rien.
Cette situation
ne peut évidemment durer éternellement. J’ai 42 ans, des enfants que je
m’efforce d’élever dans le respect d’autrui et des valeurs fondamentales de
notre constitution. Aussi quand je vois les actes de certains et les peines qui
les sanctionnent, je ne m’étonne pas de voir autant de récidive. Je prie tous
les jours pour que ma famille ne soit plus un jour au rang des victimes. Chacun
devrait pouvoir faire confiance à la justice.
François : “Jeunes sauvageons”
En MAI 68
j’avais 18 ans et comme beaucoup de jeunes de l’époque, nous