logo

Mai 68 : Vous reconnaissez-vous ?


Jusqu’à fin avril, dans l’édition de Bordeaux de “Sud Ouest”, nous publions une série de clichés datés de mai-juin 1968 et tirés des archives du journal “Sud Ouest”. Dans l’espoir que certains d’entre vous se reconnaîtront et nous feront signe. Pour, éventuellement, raconter les souvenirs qu’ils gardent du jour où fut pris le cliché. Voire pour renouer avec certains de leurs camarades de l’époque. Et, pourquoi pas, refaire la photo?

A partir du mois de mai, nous vous livrerons les meilleures histoires issues de ces photos quarante ans plus tard.

Pour apporter votre témoignage :

  • contact@sudouest.com
  • 1, place Jacques Lemoîne 33094 Bordeaux Cedex.
  • Laissez un message sur notre répondeur numérique : 05.56.00.34.34

(cliquez sur les vignettes des photos ci-dessous pour les agrandir et accéder à l’article qui s’y rapporte)



mai 68 qui 15  Photo 15


mai 68 qui 14  Photo 14


mai 68 qui 13  Photo 13



mai 68 qui 12 Photo 12


mai 68 qui 11 Photo 11

 


mai 68 qui 10 Photo 10


7 mai 68 vignette Photo 9


qui 8 Photo 8


mai 68 qui 7 Photo 7



qui 6 Photo 6


qui 5 Photo 5


 

qui 4 Photo 4

 

qui 3 Photo 3

 

qui 2 Photo 2

 

reconnu1 Photo 1


10 avril 2008 - 1 commentaire
Classé dans : Vous reconnaissez-vous ? Tags: , , ,

Les vidéos avec Philippe Sollers

9 avril 2008 - Aucun commentaire
Classé dans : Philippe Sollers Tags: , , ,

Philippe Sollers, rédacteur en chef d’un jour à “Sud Ouest”

sollers2

Dominique de Laage, Patrick Venries, Yves Harté, Philippe Sollers, lors de la conférence de rédaction matinale, mercredi 9 avril 2008

Mercredi 9 avril, Philippe sollers coiffe pour une journée la casquette de rédacteur en chef du journal « Sud Ouest ».


L’interview sonore de Philippe Sollers


Les vidéos avec Philippe sollers


Verbatim


 

L’INVITE.1968-2008 : l’écrivain Philippe Sollers a revisité hier, aux côtés des journalistes de « Sud Ouest », quarante années d’évolution de la société française. Les extraits VIDEOS de la conférence de rédaction. Découvrez et écoutez l’entretien !


Philippe Sollers : «C’est la lutte des places»



Où étiez-vous dans la nuit du 22 au 23 mars 1968 ?

« Sud Ouest ». Il y a quelques années, vous constatiez que la société française était hantée par trois fantômes : Vichy, l’Algérie et Mai 68. Est-ce que depuis on n’y voit pas un peu plus clair avec Mai 68 ?
Philippe Sollers. Je ne crois pas. Avec Vichy, nous continuons d’être dans la remémoration. Papon, Bousquet? Nous n’avons jamais arrêté d’en parler. L’Algérie, il n’y avait pas eu de guerre. On parlait simplement du maintien de l’ordre. Beaucoup de mes amis y ont été tués ou gravement blessés. Personnellement, je dois la vie à André Malraux, qui m’a aidé à me faire réformer. Il a fallu trente ans pour aborder le sujet. Mai 68 est le troisième placard.

Comment expliquer qu’un candidat à la présidence de la République - Nicolas Sarkozy -, dans une manifestation de masse, ait pu s’exclamer qu’il fallait “liquider l’héritage de Mai 1968 quarante ans après” ?
Il y a des faits, dans l’histoire de France, qui ne passent pas. La commémoration de Mai 68 est confiée au discours quasiment officiel des sociologues ou des philosophes.

Démocratisation de l’enseignement, libération sexuelle, statut des femmes, rapports parents-enfants, rapports enseignants-élèves, droit syndical, début de l’écologie, etc. Dans quels domaines s’est située la plus grande mutation ?

Incontestablement, le statut des femmes. Et d’une façon générale, les moeurs. Et ensuite, l’information. N’oubliez pas qu’il a fallu attendre beaucoup de temps pour qu’elle soit libérée.

Le discours de Nicolas Sarkozy sur la liquidation de l’héritage de Mai 68 vous a choqué.
Non… Je me suis simplement demandé, hormis la manoeuvre visant à séduire les gens du Front national, pourquoi surgissait soudain cette peur extraordinaire ? Liquider quoi ? Quel est ce spectre qui demeurerait quarante ans après ?

L’élection de Nicolas Sarkozy, c’est du nouveau dans la société française, non ?
Il y avait une sorte d’essoufflement et de fatigue générale. Au début de la campagne, on pouvait penser que l’image de Ségolène Royal pouvait faire la différence. Mais le son n’a pas été à la hauteur de l’image. Sarkozy a été élu sur l’idée de la rupture. Cette idée n’a pas un an. La désaffection qui le touche aujourd’hui est extraordinairement rapide. Elle tient à une façon d’être. C’est-à-dire l’exhibition, l’argent, quelque chose qui ne colle pas avec un « sacré » de la fonction présidentielle. De plus, sur le plan de la politique internationale, nous semblons aller à rebours. C’est 1958 qu’il est en train de liquider. Un an après son élection, le pouvoir d’achat, la rigueur dissimulée pèsent déjà très lourd.

La gauche n’est pas une alternative crédible ?

68 avait mis en lumière la culture et ceux qui la portaient. Quarante ans après, vous soulignez un certain nombre de régressions. Parmi lesquelles l’inculture, l’illettrisme aggravé, un retour aux valeurs sécuritaires et plus identitaires. Est-ce vraiment si noir ?

Il est un sujet sur lequel je me bats constamment. Il y a évacuation des connaissances historiques. Presque plus personne ne sait le fil de l’histoire. Nous assistons à une perte quasi neurologique de capacité de lecture. Si on ne sait plus lire, il n’y a plus de formation de l’esprit critique. Cela veut dire que l’on ne peut plus comparer. Si l’histoire et la capacité de lecture disparaissent, c’est-à-dire le temps et la mémoire, vous préparez des esclaves parfaitement déterminés à obéir. C’est très grave.

La France aurait conservé une véritable allergie au changement et elle aurait vraiment peur de l’avenir. Vous le pensez ?

Je le constate. Et notamment par rapport à l’Europe. Il y a une peur du monde entier, une peur d’être dérangé dans une petite routine hexagonale. La plupart des intellectuels que je connais ne s’intéressent pas à l’Europe. Ils sont très pris par les problèmes fondamentaux du Proche-Orient, du Moyen-Orient, de l’Afghanistan, de l’Irak, de l’Iran, etc., s’intéressent beaucoup à ce qui se passe aux États-Unis, en Israël, en Palestine. Mais ils ne savent pas ce qu’est l’Europe, au sein de laquelle ils ne voyagent pas. Ils ne connaissent pas les langues européennes.

Est-ce que la France d’aujourd’hui est plus juste que celle de 1968 ?
L’exhibition de la richesse n’a jamais été aussi arrogante, y compris dans les plus hautes sphères de l’État. La misère est installée, et je ne parle pas des banlieues. Je ne crois pas que l’on puisse parler aujourd’hui de justice.

En 1968, on se battait contre des entités proches comme la famille, l’école ou l’Institution. Aujourd’hui, comment appréhender le marché, le libre-échange, la mondialisation, c’est-à-dire un mur invisible ?
La situation est très différente. La question d’aujourd’hui, c’est moins d’adhérer à tel programme social que de s’interroger avec intensité sur la vie que l’on mène soi-même. L’individualisme tellement combattu est devenu une valeur importante.

1968 s’était beaucoup intéressé à la reconnaissance de l’individu. L’individu reconnaît maintenant son nombril.

Il s’intéresse à sa fonction sociale d’esclave volontaire, ce qu’il peut appeler son nombril. Il se préoccupe uniquement de son image sociale dans une société égoïste où chacun lutte pour son image, son bout de terrain. Ce n’est pas la lutte des classes, c’est la lutte des places. Comme nous le voyons par exemple au Parti socialiste.

Quelles sont les utopies de 2008 ?

Ce nouveau monde géré par la communication vous plaît néanmoins ?

Cela me va parfaitement. Tout le problème est de savoir si l’on sait s’en servir ou pas et si l’on devient ou non la prothèse de l’appareil. L’être humain va-t-il se laisser dominer par la technique ou aura-t-il la capacité nerveuse de prendre ce dont il a besoin au moment voulu ? C’est l’enjeu décisif. Peu de gens, malheureusement, domineront cette situation. C’est d’autant plus dangereux que l’instrument prend une ampleur mondiale.

La Chine de 2008 est-elle celle qui vous a fait rêver dans les années 70, lorsque vous étiez maoïste ?

En fait, je suis amoureux de la culture millénaire chinoise. Ces trois mille ans me font toujours rêver. À cause de son système totalitaire communiste, nous nous sommes habitués à penser qu’il s’agissait d’une colonie russe, d’une Russie bis. Il n’est pas raisonnable que tant de gens ignorent la Chine. Son histoire est complètement occultée par nos préjugés occidentaux. Je suis évidemment pour le respect des droits de l’homme partout et sans ménagement, y compris au Tibet. Mais il y a une question de fond : comment allons-nous faire la jonction avec ce continent énorme ?

Reste aussi la violence au Tibet ?
Elle masque l’affrontement qui va avoir lieu au XXIe siècle. Le XXe a été américano-russe. Le XXIe sera chinois. Il l’est d’ailleurs déjà. Il est certain qu’il y aura un conflit majeur entre l’empire américano-russe et la Chine, avec l’Inde au milieu.

Les manifestations dans le monde contre le passage de la flamme olympique semblent provoquer un effet inverse, c’est-à-dire un durcissement de la position chinoise ?
Franchement, tout cela est d’une fantastique hypocrisie. Nous réalisons des affaires gigantesques avec la Chine. Alors, s’il faut protester, interrompons le business et cessons de tomber à bras raccourcis sur les sportifs. En réalité, tout le monde sait que les Jeux auront lieu et que le commerce continuera.

Vous ennuyez-vous de nouveau, comme avant 1968 ?

Que diriez-vous aux jeunes qui n’ont pas vécu mai 1968 ?



:Recueilli par Christian Seguin

Photos Jean-Jacques Saubi


 

 

L’interview sonore de Philippe Sollers

Les vidéos avec Philippe sollers

Verbatims

 

Portrait : Sollers de Ré et de Bordeaux

Est-ce son sourire, qu’il veut intrigant, qui le masque ? Est-ce son esprit à facettes qui joue au tennis - ou mieux, à la paume - avec son interlocuteur ? Peut-être. Mais, derrière le Sollers mille fois vu et revu, mille fois entendu, se cache un autre homme certainement aussi vrai et aussi complexe que celui qui joue au bateleur depuis quarante ans sur toutes les estrades parisiennes.
Ce Sollers-là est de Bordeaux et l’île de Ré. Puissamment et en véritable conscience. De Bordeaux, parce qu’il y est né, sur la route alors dite d’Espagne, qui vit cette même année passer le premier des exodes d’une décennie de fureur, de flammes, d’horreurs, et le long cortège des réfugiés espagnols qui fuyaient les débuts de la guerre civile. De Bordeaux, parce que c’est là qu’il connut l’enfance choyée d’un enfant aimé des femmes au milieu d’un parc et d’une haute maison, les lycées encore bonapartistes de Montesquieu puis Montaigne et les amours d’adolescent, ceux qui marquent pour la vie.
De Ré, parce qu’un ancêtre navigateur eut le bon oeil de voir au beau milieu de l’île des miroitements vénitiens et qu’il y fit construire une maison qui est aujourd’hui comme un refuge.
C’est ce Sollers-là qu’il faut également connaître, avec sa stupéfiante curiosité, sa connaissance des faits minuscules de la ville et de la région, et sa passion jamais inassouvie de sa ville de Bordeaux « punie par le XIXe siècle et aujourd’hui rendue à Stendhal ». Et c’est lui qui était hier dans les coulisses de « Sud Ouest », à l’occasion de la sortie de notre supplément « Bordeaux 68 », pour évoquer quarante ans de vie française.

Christian Seguin

 


 

pdf jpg sollers 1

jpg pdf 2

 

 

 


Vos témoignages recueillis sur les forums de “Sud Ouest”

Voici vos témoignages recueillis sur les forums de “Sud Ouest”




Bégnat : “On a pas tous les jours 20 ans”

J’étais militaire appelé de la classe 68 1/A, donc incorporé début janvier 68.

J’ai fait mes 20 ans le 20/05/68, au camp de Souge (GIRONDE).

On dit qu’on a pas tous les jours 20 ans, moi je me rappellerai des miens d’une drôle de façon !

Tous les jours en “Alerte”, prêt dans la cour de la caserne, paquetage, tenue de combat et arme, gardes avec balles réelles !

Tout ce qu’on savait, c’est que De Gaulle avait disparu et que les Russes étaient à Prague !

Quand vous êtes dans cette ambiance, je peux vous dire qu’il s’en passe des choses dans la tête !!!

Moi j’habitais Mourenx, et nous étions quelques copains du 64, on se posait la question, il n’était pas question pour nous de descendre dans les rues avec l’armée, autant déserter que de taper sur nos familles !


Même à 20 ans, on n’était pas des abrutis pour ce genre d’évènements !
Une chose est sûre, les officiers se chargeaient de nous monter la tête !
Bref, il n’y a eu rien de tout ça, mais pour moi, je pense que les premières semaines de juin ont été les plus ardues des évènements de Mai 68 !

__________________________


Récupération

En 68 j’avais 26 ans et j’étais en grève. L’impression que j’ai conservée, c’est que les OS ont pris le train en marche par peur de se faire “dépasser” par les évènements. Cela a permis les accords de GRENELLE et des avancées sociales non négligeables. Et puis les acteurs de ce mouvement ont été récupérés et sont rentrés dans le système (sf quelques uns). Dommage !

 

Analyse post soixantuitarde

En mai 68 j’avais 2 ans. Je n’ai donc pas de témoignage à vous livrer.

Par contre, je vous rejoins complètement dans votre analyse. Notre pays connaît régulièrement des épisodes de guérilla urbaine. Des individus armés tirent à balles réelles sur la police ( qui ne peut qu’interpeller ) au premier fait divers qui leur sert de prétexte. La prochaine fois, ils vont utiliser des armes de guerre ?…

Nous avons une des meilleures armées du monde dont c’est le métier d’intervenir dans ce genre de situation. Il est fort à parier que l’économie souterraine de ces individus sans foi ni loi en prendrait un sérieux coup et qu’ils réfléchiraient certainement avant d’agresser une personne âgée, un commerçant ou un passant.

Monsieur SARKOZY a basé en grande partie sa campagne sur le thème de la sécurité, par rapport aux émeutes de 2005. On fait du sur place. Je ne crois pas que punir davantage les rares jeunes interpellés, changera quelque chose immédiatement. Ce qui s’impose aujourd’hui, c’est frapper plus fort que ces individus dans leurs fourmilières à trafics et à crime organisé, avant qu’une mafia incontrôlable en prenne les commandes.

Chacun sont métier. Effectivement, à quoi sert une armée de métier si elle est utilisée uniquement à l’étranger pour protéger des sites économiquement lucratifs, sous couvert de maintient de la paix ? Notre pays est trop souvent le théâtre d’épisodes de guerre urbaine et nous en sommes les acteurs impuissants. Je me sens comme beaucoup, frustré. Frustré de ne servir qu’à rembourser les dégâts occasionnés par des individus sans foi ni loi, qui veulent tout et tout de suite sans aucune contrepartie et dont la vie humaine ou animale ne vaut rien.

Cette situation ne peut évidemment durer éternellement. J’ai 42 ans, des enfants que je m’efforce d’élever dans le respect d’autrui et des valeurs fondamentales de notre constitution. Aussi quand je vois les actes de certains et les peines qui les sanctionnent, je ne m’étonne pas de voir autant de récidive. Je prie tous les jours pour que ma famille ne soit plus un jour au rang des victimes. Chacun devrait pouvoir faire confiance à la justice.

 

François : “Jeunes sauvageons”

En MAI 68 j’avais 18 ans et comme beaucoup de jeunes de l’époque, nous n’étions pas très conscient de l’ampleur du problème. Ce qui était réel, c’est que le “covoiturage” était nos chaussures…et que de voir nos parents à la maison n’était pas chose commune contrairement à aujourd’hui…. Mettant engagé dans la Marine (Avril 68) et faisant mes classes à Hourtin, j’ai connu des nuits de garde à n’en plus finir afin de faire face aux EVENTUELS débordements….

De nos jours, lorsque certains quartiers s’embrasent en toute impunité, envoyons l’Armée en treillis comme pour vigipirate et là, le rapport de force sera certainement mieux compris par ces jeunes sauvageons…..

 

68 Mis en boîte

Le 18 mai 68 j’ouvais une boite de nuit a Saint Jean de Luz. Les gens m’ont pris pour un FADA mais, par la suite ce commerce est devenu une des discothéques les plus connus de l’époque en devenant le club pilote par les firmes de disques Elle existe encore aujourd’hui.

 

Michel : C’est la Santé

En Mai 68, j’avais 22 ans, j’étais militaire dans la Marine et je revenais d’un séjour d’un an à Tahiti avec un mois de permission. Comme je ne voulais pas de l’affectation que l’on me proposait, je suis allé à paris à la Direction du Service de Santé de la Marine dont je dépendais pour demander une autre affectation. J’ai été reçu dans un salon lambrissé par un officier supérieur qui a été très sympathique avec moi et qui m’a affecté là où je voulais.

J’ai appris par la suite que j’avais fait une lourde faute en contournant la voie hiérarchique pour faire cette démarche et que j’aurais dû avoir des ennuis… Je pense que cet officier a trouvé ma démarche tellement décalée alors que c’était la révolution dans les rues de Paris que celà a joué en ma faveur !
________________________________________

 

Le temps des cerises

Mai 68 !

J’étais instit en campagne et tous les soirs on se réunissait au chef lieu de canton ou du département (tant qu’on a eu de l’essence pour rouler) pour se tenir au courant de la situation.

On nous a pris pour des imbéciles et des rêveurs mais nous étions persuadés que nous luttions un peu pour nous mais surtout pour nos élèves, futurs citoyens et travailleurs.

Le conseiller général du canton est venu me voir un soir pour me gronder : notre action paralysait le pays et nous empêchions ces pauvres cultivateurs de toucher leurs allocations familiales !

Des affameurs du peuple quoi !

Je lui avais répondu qu’eux au moins ils avaient encore des patates dans leurs caves et des poulets dans leurs basses cours, ce qui n’était pas notre cas.

Il est même arrivé que certains de mes élèves m’apportent des beignets de fleurs d’acacia car ils savaient que nous n’avions plus grand chose à nous mettre sous la dent.

Quand refleurissent les acacias au mois de mai et que je sens leur odeur enivrante, j’ai toujours un peu envie de pleurer et je chante le “Temps des Cerises”, qui rappelle le massacre de la Commune de Paris par les versaillais de monsieur Thiers.

 

Ancien élève du CEG Jules Ferry à Bergerac :

« Allez les jeunes, venez avec nous !.. »

68, ce fut pour moi d’abord un fait divers noyé dans la masse des infos (événements de Nanterre). Un matin, lorsque je me rends au CEG Jules-Ferry une effervescence inhabituelle, voire extraordinaire. Tous les élèves sont dans la cour et discutent fébrilement dans un bourdonnement assourdissant. Les deux pions du CEG, affolés, sont placés devant les grilles, tenant chacun un carnet à la main, prêts à noter les noms de ceux qui oseraient les premiers défier l’ordre établi et sortir sans autorisation. Face à eux, des centaines de garçons, auxquels je me joins, forment un groupe compact, hostile, d’où s’échappent des sifflets et qui provoque la curiosité des passants. Un ou deux “meneurs” (dont je parlerai plus tard) franchissent le pas et sortent en ignorant dédaigneusement les injonctions des pions et l’inscription de leur nom, puis, deux, trois, et le flot les bouscula et se déversa dans la rue. Ce fut pour nous un moment symbolique, inoubliable et son côté dérisoire permet de mesurer le chemin parcouru depuis .. Une fois sortis, quel pied ! D’abord plus de cours, mais surtout ce délectable désordre qui envahit peu à peu le pays ! Les adultes semblaient nous considérer (hé oui, même nous…) comme un danger (pour les gens de droite) avec sympathie (pour les gens de gauche) bref, nous existions. Avec quelques copains nous traînons dans les rues lorsque nous tombons en arrêt devant une manifestation des premiers grévistes ouvriers (un événement à Bergerac) : « Allez les jeunes, venez avec nous !.. » Comme mes copains je suis allé avec eux manifester ce jour-là et je lutte toujours avec eux depuis ce jour… Paradoxalement il nous tardait de retourner au bahut : nous étions curieux de voir ce qui s’y passait. Certains profs assuraient leurs cours, d’autres étaient absents, d’autres enfin étaient présents mais pour discuter avec nous. C’était extraordinaire, ils nous parlaient en adultes ! « […] je suis Socialiste, je crois en l’Homme, aussi je souhaite que ces événements aboutissent … » (prof de maths). « Au plus profond de moi mes convictions me dictent de ne pas faire grève et de poursuivre mon travail » (autre prof de maths de droite) etc. Une anecdote amusante : plusieurs élèves s’étaient justifiés auprès de leurs parents en déclarant qu’ils avaient été obligés de quitter le bahut forcés par leurs camarades. Pas de chance pour eux, les profs, toutes tendances confondues, ont affirmé aux parents que les élèves décidaient librement du fait de travailler ou pas. Les « meneurs » étaient constitués par un groupe de somptueux « glandeurs » un peu plus âgés que nous, qui s’étaient illustrés par une évasion de l’internat du collège Henri IV vers Paris où ils furent rapidement arrêtés par les flics alors qu’ils essayent de travailler aux halles. Cette aventure leur donna une notoriété incontestée. Ils furent virés et recasés dans notre bahut où ils prirent la tête du mouvement très confus qui suivit. Des réunions désordonnées suivirent avec les autres bahuts - très peu de filles, les parents devaient les « serrer » à l’abri - (le CEG Jules-Ferry et le Collège Henri IV de Bergerac n’étaient réservés qu’aux garçons à l’époque…) Tentative de faire sortir les filles d’une congrégation religieuse sans succès etc. À noter un moment très fort : en tant que “grands”, avec quelques camarades nous décidons d’intervenir au milieu du cours d’anglais de la mère B… (dit la baluche) redoutable mémère réac - qui pourtant nous laisse faire notre discours et laisse sortir les élèves qui le souhaitent pour participer à une réunion. Nous sortons dignement sous les regards admiratifs… « The times are changin.. » Le père de mon copain Jean-Robert était un gradé des gardes mobiles qui étaient en train de s’illustrer à Paris et basés à Bergerac… Il affectait des idées de droite comme son père mais je crois plus par provocation, non conformisme que réel idéal. Chaque fois qu’un véhicule de police passait près de nous il hurlait « SS ! » Plus tard il arrivait de croiser des CRS ou gardes mobiles* “en repos” arborant des pansements sur le visage… Tous les autres passants souriaient ironiquement et se regardaient avec un air de connivence. Les grèves s’étendent, nous avons une manif tous les jours, de plus en plus importante. Le point de rendez-vous est place Doublet, à l’ancienne bourse du travail. Jeunes et ouvriers en grève se côtoient. Assis sur le muret qui borde la halle au milieu des ouvriers nous lisons ostensiblement « l’Huma », « le Canard enchaîné », d’innombrables tracts et parlons beaucoup. Autre lieu important mais là uniquement pour les jeunes notre Odéon, certes moins prestigieux que celui de Paris, alors occupé par les étudiants (le hall d’un vieux cinéma rempli de flippers, baby-foot, juke-box…) Les coupures de courant liées aux grèves nous privaient de flipper, c’est dur la révolution… Les nuits étaient pleines de fureur, le transistor contre moi dans mon lit j’alternais entre Europe I et Radio Luxembourg et écoutais d’impressionnants combats de rue en live : ça bardait vraiment ! On parlait de Bendit, Geismar, Sauvageot, mais aussi de Mitterrand, Rocard, de gouvernement de gauche. Les jours passaient à la vitesse de l’éclair et puis ce fut la “disparition” de De Gaulle, la peur de la guerre civile, le retour à l’ordre. Pour moi, à l’autre bout de la lorgnette, ma révolution s’était faite dans ma tête - rêve fou d’une société où les gens se parleraient comme durant ces quelques jours, où les riches auraient peur des pauvres. J’ai toujours l’espoir d’une nouvelle convulsion historique durant laquelle, en quelques jours, on avancera de vingt ans, au moins dans les têtes… Je pense que comme les tremblements de terre ces “événements” sont imprévisibles mais se produisent immuablement et cycliquement, c’est grâce à eux que la société évolue, la violence et le refus de l’ordre établi ont toujours été le moteur du progrès. Il a toujours fallu que de pauvres bougres fassent couler leur sang pour que les choses avancent. En conclusion, juste après les événements, mon père a refusé bruyamment un chantier dans une caserne de CRS : « Je ne veux pas travailler pour ces salauds ! »

 

Ancien élève au Lycée Supervielle à Oloron :

“Un déclic”

68, c’était notre année de terminale. Nous n’étions pas de grands révolutionnaires, n’avions pas des fleurs dans les cheveux mais nous avions une certaine passion pour faire la fête, titiller les jupons et flâner sur les stades. Les actions nationales ont été pour nous un bon prétexte pour ne plus aller en cours. L’esprit frais et dispos, nous avons adhéré au concept de l’école de la vie et j’en suis devenu un adepte notamment en oubliant d’aller passer le bac que tout le monde à eu. 68 ça a été mon entrée dans le monde du travail et là, bien vite, je suis devenu syndicaliste actif. C’est cette école qui m’a permis de comprendre comment ça marche ? Comment nous pouvons changer les conditions de notre vie ? Comment vivent les autres dans d’autres pays ? Comment lutter contre les injustices ? Comment se faire respecter ? Avec du recul, 68 a été pour moi un déclic et un révélateur comme quoi nous pouvions changer les choses en se prenant par la main et en combattant la subordination et l’injustice.

 

Cumul

De modeste rédacteur dans une cie d assurances je suis devenu le 01.01 .68 chef de cabinet chez le frère du gendre a DE GAULLE. En 05.68 j étais à fonds du cote des manifestants mais pour ne pas perdre mon job j ai du rester très discret !!! En plus je me suis marié le 03.05 et on ne doit pas être beaucoup car 8 jours après c’était impossible !! je me suis aussi fait extraire un calcul par un chirurgien généraliste qui m a laisse une balafre de 40 cms alors qu il était soignable par voie médicamenteuse (selon tous les urologues) et cerise sur le gâteau ai assisté aux préparations de la contre manif de droite à PARIS sur les champs : j’ai pleins de détails croustillant de bourgeois préparant une manif !!! une… (à suivre)

______________________________________________


Jean-Marie : Thierry la Fronde

j’avais 11 ans,j’habitais HENIN-BEAUMONT,PAS DE CALAIS 62,un chti !Quo !Maman,enseignante ,école ménagère (mines),devenue professeur Education Familiale et Sociale (lycée technique). Papa, employé de commerce chez un semi grossiste en secteur electro- ménagers… On venait tout juste d’avoir la TV, en noir et blanc ! Le soir à l’heure des actualités : pas une soirée sans bagarre verbale : tes devoirs ? Tu dois aller te coucher ! Tu n’as rien d’autre à faire ? Demain si ça continue tu restes à la maison ! Attention cela pourrait devenir dangereux ! etc… Rien de bien méchant, mais à chaque journal télévisé que je pouvais capter ou par la radio je n’avais qu’une hâte ! La satisfaction que les gardes mobiles s’en prenaient plein la tronche et qu’un certain DE GAULLE qu’on m’avait demandé de respecter à outrance n’allait pas tarder à s’en prendre une ! (claque) Et puis mon coté Thierry la Fronde l’a emporté pour le restant de ma vie jusqu’à ce jour !…

J.M.DUTHILLEUL L.C.R.Bergeracoise PREPARONS MAI 2008, UNE REVOLUTION RESTE A FAIRE, LIBERTAIRE ET EGALITAIRE ! Et que SARKOSY s’en prenne une efficace et définitive (claque)…

 

Anonyme :

J’étais pas né… comme le poisson…

Henri IV :

quand on cite du Popeck, on met l’accent :

j’y étais pas né.. comme poisson !

(extrait du spectacle “lé caleçon moltoné” - 1983)

 

7 avril 2008 - Aucun commentaire
Classé dans : Non classé Tags: , ,