Voici vos témoignages recueillis sur les forums de “Sud Ouest”
Bégnat : “On a pas tous les jours 20 ans”
J’étais militaire appelé de la classe 68 1/A, donc incorporé
début janvier 68.
J’ai fait mes 20 ans le 20/05/68, au camp de Souge
(GIRONDE).
On dit qu’on a pas tous les jours 20 ans, moi je me rappellerai
des miens d’une drôle de façon !
Tous les jours en “Alerte”, prêt dans la cour de
la caserne, paquetage, tenue de combat et arme, gardes avec balles
réelles !
Tout ce qu’on savait, c’est que De Gaulle avait disparu et
que les Russes étaient à Prague !
Quand vous êtes dans cette ambiance, je peux vous dire qu’il
s’en passe des choses dans la tête !!!
Moi j’habitais Mourenx, et nous étions quelques copains du
64, on se posait la question, il n’était pas question pour nous de descendre
dans les rues avec l’armée, autant déserter que de taper sur nos
familles !
Même à 20 ans, on n’était pas des abrutis pour ce genre
d’évènements !
Une chose est sûre, les officiers se chargeaient de nous
monter la tête !
Bref, il n’y a eu rien de tout ça, mais pour moi, je pense
que les premières semaines de juin ont été les plus ardues des évènements de
Mai 68 !
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Récupération
En 68 j’avais 26 ans et j’étais en
grève. L’impression que j’ai conservée, c’est que les OS ont pris le train en
marche par peur de se faire “dépasser” par les évènements. Cela a
permis les accords de GRENELLE et des avancées sociales non négligeables. Et
puis les acteurs de ce mouvement ont été récupérés et sont rentrés dans le
système (sf quelques uns). Dommage !
Analyse post soixantuitarde
En mai 68
j’avais 2 ans. Je n’ai donc pas de témoignage à vous livrer.
Par contre, je
vous rejoins complètement dans votre analyse. Notre pays connaît régulièrement
des épisodes de guérilla urbaine. Des individus armés tirent à balles réelles
sur la police ( qui ne peut qu’interpeller ) au premier fait divers qui leur
sert de prétexte. La prochaine fois, ils vont utiliser des armes de
guerre ?…
Nous avons une
des meilleures armées du monde dont c’est le métier d’intervenir dans ce genre
de situation. Il est fort à parier que l’économie souterraine de ces individus
sans foi ni loi en prendrait un sérieux coup et qu’ils réfléchiraient
certainement avant d’agresser une personne âgée, un commerçant ou un passant.
Monsieur SARKOZY
a basé en grande partie sa campagne sur le thème de la sécurité, par rapport
aux émeutes de 2005. On fait du sur place. Je ne crois pas que punir davantage
les rares jeunes interpellés, changera quelque chose immédiatement. Ce qui
s’impose aujourd’hui, c’est frapper plus fort que ces individus dans leurs
fourmilières à trafics et à crime organisé, avant qu’une mafia incontrôlable en
prenne les commandes.
Chacun sont
métier. Effectivement, à quoi sert une armée de métier si elle est utilisée
uniquement à l’étranger pour protéger des sites économiquement lucratifs, sous
couvert de maintient de la paix ? Notre pays est trop souvent le théâtre
d’épisodes de guerre urbaine et nous en sommes les acteurs impuissants. Je me
sens comme beaucoup, frustré. Frustré de ne servir qu’à rembourser les dégâts
occasionnés par des individus sans foi ni loi, qui veulent tout et tout de
suite sans aucune contrepartie et dont la vie humaine ou animale ne vaut rien.
Cette situation
ne peut évidemment durer éternellement. J’ai 42 ans, des enfants que je
m’efforce d’élever dans le respect d’autrui et des valeurs fondamentales de
notre constitution. Aussi quand je vois les actes de certains et les peines qui
les sanctionnent, je ne m’étonne pas de voir autant de récidive. Je prie tous
les jours pour que ma famille ne soit plus un jour au rang des victimes. Chacun
devrait pouvoir faire confiance à la justice.
François : “Jeunes sauvageons”
En MAI 68
j’avais 18 ans et comme beaucoup de jeunes de l’époque, nous n’étions pas très
conscient de l’ampleur du problème. Ce qui était réel, c’est que le
“covoiturage” était nos chaussures…et que de voir nos parents à la
maison n’était pas chose commune contrairement à aujourd’hui…. Mettant engagé
dans la Marine (Avril 68) et faisant mes classes à Hourtin, j’ai connu des
nuits de garde à n’en plus finir afin de faire face aux EVENTUELS
débordements….
De nos jours,
lorsque certains quartiers s’embrasent en toute impunité, envoyons l’Armée en
treillis comme pour vigipirate et là, le rapport de force sera certainement
mieux compris par ces jeunes sauvageons…..
68 Mis en boîte
Le 18 mai 68
j’ouvais une boite de nuit a Saint Jean de Luz. Les gens m’ont pris pour un
FADA mais, par la suite ce commerce est devenu une des discothéques les plus
connus de l’époque en devenant le club pilote par les firmes de disques Elle
existe encore aujourd’hui.
Michel : C’est la Santé
En Mai 68,
j’avais 22 ans, j’étais militaire dans la Marine et je revenais d’un séjour
d’un an à Tahiti avec un mois de permission. Comme je ne voulais pas de
l’affectation que l’on me proposait, je suis allé à paris à la Direction du
Service de Santé de la Marine dont je dépendais pour demander une autre
affectation. J’ai été reçu dans un salon lambrissé par un officier supérieur
qui a été très sympathique avec moi et qui m’a affecté là où je voulais.
J’ai appris par la suite que j’avais fait une lourde faute
en contournant la voie hiérarchique pour faire cette démarche et que j’aurais
dû avoir des ennuis… Je pense que cet officier a trouvé ma démarche tellement
décalée alors que c’était la révolution dans les rues de Paris que celà a joué
en ma faveur !
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Le temps des cerises
Mai 68 !
J’étais instit
en campagne et tous les soirs on se réunissait au chef lieu de canton ou du
département (tant qu’on a eu de l’essence pour rouler) pour se tenir au courant
de la situation.
On nous a pris
pour des imbéciles et des rêveurs mais nous étions persuadés que nous luttions
un peu pour nous mais surtout pour nos élèves, futurs citoyens et
travailleurs.
Le conseiller
général du canton est venu me voir un soir pour me gronder : notre action
paralysait le pays et nous empêchions ces pauvres cultivateurs de toucher leurs
allocations familiales !
Des affameurs du
peuple quoi !
Je lui avais répondu
qu’eux au moins ils avaient encore des patates dans leurs caves et des poulets
dans leurs basses cours, ce qui n’était pas notre cas.
Il est même
arrivé que certains de mes élèves m’apportent des beignets de fleurs d’acacia
car ils savaient que nous n’avions plus grand chose à nous mettre sous la dent.
Quand
refleurissent les acacias au mois de mai et que je sens leur odeur enivrante,
j’ai toujours un peu envie de pleurer et je chante le “Temps des
Cerises”, qui rappelle le massacre de la Commune de Paris par les
versaillais de monsieur Thiers.
Ancien élève du
CEG Jules Ferry à Bergerac :
« Allez les jeunes, venez avec
nous !.. »
68, ce fut pour
moi d’abord un fait divers noyé dans la masse des infos (événements de
Nanterre). Un matin, lorsque je me rends au CEG Jules-Ferry une effervescence
inhabituelle, voire extraordinaire. Tous les élèves sont dans la cour et
discutent fébrilement dans un bourdonnement assourdissant. Les deux pions du
CEG, affolés, sont placés devant les grilles, tenant chacun un carnet à la
main, prêts à noter les noms de ceux qui oseraient les premiers défier l’ordre
établi et sortir sans autorisation. Face à eux, des centaines de garçons,
auxquels je me joins, forment un groupe compact, hostile, d’où s’échappent des
sifflets et qui provoque la curiosité des passants. Un ou deux “meneurs” (dont
je parlerai plus tard) franchissent le pas et sortent en ignorant
dédaigneusement les injonctions des pions et l’inscription de leur nom, puis,
deux, trois, et le flot les bouscula et se déversa dans la rue. Ce fut pour
nous un moment symbolique, inoubliable et son côté dérisoire permet de mesurer
le chemin parcouru depuis .. Une fois sortis, quel pied ! D’abord plus de
cours, mais surtout ce délectable désordre qui envahit peu à peu le pays !
Les adultes semblaient nous considérer (hé oui, même nous…) comme un danger
(pour les gens de droite) avec sympathie (pour les gens de gauche) bref, nous
existions. Avec quelques copains nous traînons dans les rues lorsque nous
tombons en arrêt devant une manifestation des premiers grévistes ouvriers (un
événement à Bergerac) : « Allez les jeunes, venez avec
nous !.. » Comme mes copains je suis allé avec eux manifester ce
jour-là et je lutte toujours avec eux depuis ce jour… Paradoxalement il nous
tardait de retourner au bahut : nous étions curieux de voir ce qui s’y
passait. Certains profs assuraient leurs cours, d’autres étaient absents,
d’autres enfin étaient présents mais pour discuter avec nous. C’était
extraordinaire, ils nous parlaient en adultes ! « […] je suis
Socialiste, je crois en l’Homme, aussi je souhaite que ces événements
aboutissent … » (prof de maths). « Au plus profond de moi mes
convictions me dictent de ne pas faire grève et de poursuivre mon
travail » (autre prof de maths de droite) etc. Une anecdote
amusante : plusieurs élèves s’étaient justifiés auprès de leurs parents en
déclarant qu’ils avaient été obligés de quitter le bahut forcés par leurs
camarades. Pas de chance pour eux, les profs, toutes tendances confondues, ont
affirmé aux parents que les élèves décidaient librement du fait de travailler
ou pas. Les « meneurs » étaient constitués par un groupe de somptueux
« glandeurs » un peu plus âgés que nous, qui s’étaient illustrés par
une évasion de l’internat du collège Henri IV vers Paris où ils furent
rapidement arrêtés par les flics alors qu’ils essayent de travailler aux
halles. Cette aventure leur donna une notoriété incontestée. Ils furent virés
et recasés dans notre bahut où ils prirent la tête du mouvement très confus qui
suivit. Des réunions désordonnées suivirent avec les autres bahuts - très peu de
filles, les parents devaient les « serrer » à l’abri - (le CEG
Jules-Ferry et le Collège Henri IV de Bergerac n’étaient réservés qu’aux
garçons à l’époque…) Tentative de faire sortir les filles d’une congrégation
religieuse sans succès etc. À noter un moment très fort : en tant que
“grands”, avec quelques camarades nous décidons d’intervenir au milieu du cours
d’anglais de la mère B… (dit la baluche) redoutable mémère réac - qui
pourtant nous laisse faire notre discours et laisse sortir les élèves qui le
souhaitent pour participer à une réunion. Nous sortons dignement sous les
regards admiratifs… « The times are changin.. » Le père de mon
copain Jean-Robert était un gradé des gardes mobiles qui étaient en train de
s’illustrer à Paris et basés à Bergerac… Il affectait des idées de droite
comme son père mais je crois plus par provocation, non conformisme que réel
idéal. Chaque fois qu’un véhicule de police passait près de nous il hurlait
« SS ! » Plus tard il arrivait de croiser des CRS ou gardes mobiles*
“en repos” arborant des pansements sur le visage… Tous les autres passants
souriaient ironiquement et se regardaient avec un air de connivence. Les grèves
s’étendent, nous avons une manif tous les jours, de plus en plus importante. Le
point de rendez-vous est place Doublet, à l’ancienne bourse du travail. Jeunes
et ouvriers en grève se côtoient. Assis sur le muret qui borde la halle au
milieu des ouvriers nous lisons ostensiblement « l’Huma », « le
Canard enchaîné », d’innombrables tracts et parlons beaucoup. Autre lieu
important mais là uniquement pour les jeunes notre Odéon, certes moins
prestigieux que celui de Paris, alors occupé par les étudiants (le hall d’un
vieux cinéma rempli de flippers, baby-foot, juke-box…) Les coupures de
courant liées aux grèves nous privaient de flipper, c’est dur la révolution…
Les nuits étaient pleines de fureur, le transistor contre moi dans mon lit
j’alternais entre Europe I et Radio Luxembourg et écoutais d’impressionnants
combats de rue en live : ça bardait vraiment ! On parlait de Bendit,
Geismar, Sauvageot, mais aussi de Mitterrand, Rocard, de gouvernement de
gauche. Les jours passaient à la vitesse de l’éclair et puis ce fut la
“disparition” de De Gaulle, la peur de la guerre civile, le retour à l’ordre.
Pour moi, à l’autre bout de la lorgnette, ma révolution s’était faite dans ma
tête - rêve fou d’une société où les gens se parleraient comme durant ces
quelques jours, où les riches auraient peur des pauvres. J’ai toujours l’espoir
d’une nouvelle convulsion historique durant laquelle, en quelques jours, on
avancera de vingt ans, au moins dans les têtes… Je pense que comme les
tremblements de terre ces “événements” sont imprévisibles mais se produisent
immuablement et cycliquement, c’est grâce à eux que la société évolue, la
violence et le refus de l’ordre établi ont toujours été le moteur du progrès.
Il a toujours fallu que de pauvres bougres fassent couler leur sang pour que
les choses avancent. En conclusion, juste après les événements, mon père a
refusé bruyamment un chantier dans une caserne de CRS : « Je ne veux
pas travailler pour ces salauds ! »
Ancien élève au
Lycée Supervielle à Oloron :
“Un déclic”
68, c’était
notre année de terminale. Nous n’étions pas de grands révolutionnaires,
n’avions pas des fleurs dans les cheveux mais nous avions une certaine passion
pour faire la fête, titiller les jupons et flâner sur les stades. Les actions
nationales ont été pour nous un bon prétexte pour ne plus aller en cours. L’esprit
frais et dispos, nous avons adhéré au concept de l’école de la vie et j’en suis
devenu un adepte notamment en oubliant d’aller passer le bac que tout le monde
à eu. 68 ça a été mon entrée dans le monde du travail et là, bien vite, je suis
devenu syndicaliste actif. C’est cette école qui m’a permis de comprendre
comment ça marche ? Comment nous pouvons changer les conditions de notre
vie ? Comment vivent les autres dans d’autres pays ? Comment lutter
contre les injustices ? Comment se faire respecter ? Avec du recul, 68 a été pour moi un déclic et
un révélateur comme quoi nous pouvions changer les choses en se prenant par la
main et en combattant la subordination et l’injustice.
Cumul
De modeste rédacteur dans une cie d
assurances je suis devenu le 01.01 .68 chef de cabinet chez le frère du gendre
a DE GAULLE. En 05.68 j étais à fonds du cote des manifestants mais pour ne pas
perdre mon job j ai du rester très discret !!! En plus je me suis marié le
03.05 et on ne doit pas être beaucoup car 8 jours après c’était
impossible !! je me suis aussi fait extraire un calcul par un chirurgien généraliste
qui m a laisse une balafre de 40 cms alors qu il était soignable par voie médicamenteuse
(selon tous les urologues) et cerise sur le gâteau ai assisté aux préparations
de la contre manif de droite à PARIS sur les champs : j’ai pleins de détails
croustillant de bourgeois préparant une manif !!! une… (à suivre)
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Jean-Marie : Thierry la Fronde
j’avais 11
ans,j’habitais HENIN-BEAUMONT,PAS DE CALAIS 62,un chti !Quo !Maman,enseignante
,école ménagère (mines),devenue professeur Education Familiale et Sociale
(lycée technique). Papa, employé de commerce chez un semi grossiste en secteur
electro- ménagers… On venait tout juste d’avoir la TV, en noir et
blanc ! Le soir à l’heure des actualités : pas une soirée sans
bagarre verbale : tes devoirs ? Tu dois aller te coucher ! Tu
n’as rien d’autre à faire ? Demain si ça continue tu restes à la
maison ! Attention cela pourrait devenir dangereux ! etc… Rien de
bien méchant, mais à chaque journal télévisé que je pouvais capter ou par la
radio je n’avais qu’une hâte ! La satisfaction que les gardes mobiles s’en
prenaient plein la tronche et qu’un certain DE GAULLE qu’on m’avait demandé de
respecter à outrance n’allait pas tarder à s’en prendre une ! (claque) Et
puis mon coté Thierry la Fronde l’a emporté pour le restant de ma vie jusqu’à
ce jour !…
J.M.DUTHILLEUL
L.C.R.Bergeracoise PREPARONS MAI 2008, UNE REVOLUTION RESTE A FAIRE, LIBERTAIRE
ET EGALITAIRE ! Et que SARKOSY s’en prenne une efficace et définitive
(claque)…
Anonyme :
J’étais pas
né… comme le poisson…
Henri IV :
quand on cite du Popeck, on met l’accent :
j’y étais pas né.. comme lé poisson !
(extrait du spectacle “lé caleçon moltoné” - 1983)